Pourquoi la pratique du vélo peine toujours à se développer chez les femmes ? Stéréotypes, sécurité, charges mentales… En Ile-de-France, des collectifs féministes tentent d’instaurer un meilleur partage de la route.
Il n’y a pas qu’en voiture que les hommes peuvent avoir des comportements dangereux. “Les cyclistes doublant à toute berzingue sur les pistes en ville sont en majorité des jeunes hommes”, s’agace Cédissa About, qui essaie de rouler à bicyclette en dehors des heures de pointe pour rester en sécurité. Avec le collectif « Elles à vélo », elle tente de faciliter par tous les moyens la pratique féminine du vélo.
La mort d’un cycliste, en octobre dernier, sous les roues d’un SUV dans les rues de Paris a ravivé le débat autour du partage de la route et des pratiques dangereuses de certains hommes au volant. “Femmes à vélo”, “gow_girlsonwheels”, “le Grew”… De nombreux collectifs tentent ainsi de permettre aux femmes de se réapproprier la route à Paris et aux alentours.
La pratique du vélo reste majoritairement masculine
Contrairement à d’autres pays, comme les Pays-Bas, la France ne compte que 35% de cyclistes féminins. De nombreux freins empêchent encore certaines femmes de passer le pas. Le dernier sondage réalisé en mars 2024 par l’agence Kantar montre que 44% des pratiquantes déclarent avoir déjà vécu des situations inconfortables, notamment des incidents liés au harcèlement ou au sexisme (56%). Plus généralement, pour le collectif « Elles à vélo », les aménagements routiers faits par et pour les hommes ne permettent pas de garantir une sécurité suffisante aux femmes pour se lancer dans la pratique.

Pistes cyclables trop proches de la route ou des voitures en stationnement, manque de parkings vélo sécurisés ou de cédez-le-passage… Depuis 2023, la branche féminine de l’association “Mieux se déplacer à bicyclette” a réuni un ensemble de solutions dans un manifeste à l’attention des collectivités. Celui-ci vise à déconstruire les stéréotypes, à rendre les femmes à vélo plus visibles et à développer leur autonomie.
“Les hommes grillent plus facilement le feu rouge que les femmes”
« C’est parti du constat qu’il nous fallait plus de mixité au sein de l’association », raconte Josiane Albert, cycliste originaire du Val-d’Oise, qui a participé à la création d’un groupe Facebook dédié aux usagères pour leur permettre de discuter « sans risquer de se prendre des remarques sexistes ou déplacées”. La plateforme regroupe désormais plus de 2 000 personnes et a permis de créer le collectif.
Pour elles, l’accident mortel d’une jeune femme à vélo, fauchée par un camion près de l’Assemblée nationale, à Paris, en 2018, a été un électrochoc. “Pour sortir du flux de véhicules et se mettre en sécurité, il faut parfois redémarrer alors que le feu est rouge. Un comportement que les hommes font plus facilement que les femmes”, explique Cédissa About, en demandant un meilleur aménagement des carrefours ou des caméras latérales sur les camions pour permettre aux cyclistes de sortir des angles morts.
“Mais quand je vais voir mon maire, il me dit que les routes sont déjà à 30km/h, donc il n’y a pas de problème…. C’est un homme, il n’a pas les mêmes perceptions des risques que nous”, estime Josiane Albert. “Il n’est pas question de faire des pistes genrées, mais de faire prendre conscience aux hommes de ces inégalités.”
Permettre aux femmes de gagner en autonomie
Et cela commence dès l’école, selon l’association, qui constate une baisse de la pratique du vélo chez les femmes après l’adolescence. “Les femmes ont beaucoup de mal à occuper l’espace public, on est toujours à se poser la question de la légitimité et peut-être de ressentir, à cet âge, de grands changements physiques, la gêne de s’exposer à vélo.” De l’autre côté, les femmes sont davantage en charge des enfants et ne fréquentent donc les pistes cyclables qu’à condition qu’elles soient bien sécurisées.
Alors pour braver les freins ou les injonctions des hommes ou de la famille, les femmes s’organisent déjà au quotidien pour gagner en autonomie. Certaines suivent des cours de vélo-école, d’autres organisent des ateliers de réparation ou des sorties en mixité choisie pour se réapproprier l’espace public. Pour tenter de mettre le sujet à l’agenda, le collectif “Elles à vélo” entend, de son côté, organiser un grand rassemblement cycliste le 8 mars prochain à Paris.
Likez, partagez, commentez
À consulter également

31 mars 2025 - Solidarité
La BOM met du baume au coeur
Par Aude Labelle

26 mars 2025 - Paris
Peintures, vaisselle ou vêtements : et si on pouvait tout trouver en bibliothèque ?
Par Alban Leduc

28 février 2025 - Alimentation durable
La Seine-Saint-Denis teste une carte contre la précarité alimentaire
Par Alban Leduc
