Ici, tout est gratuit. À Noisy-le-Sec, l’association Le LE∅ expérimente une nouvelle manière de faire société, dans laquelle la solidarité et l’écologie se placent au centre. Dans le Laboratoire Écologique Zéro déchet, les bénévoles et les salariées questionnent l’ultra-capitalisme en proposant, entre autres, ce qu’iels appellent des « gratuiteries ».
Derrière le grand portail de l’avenue de la République, à Noisy-le-Sec, on entre dans un jardin urbain en cours de végétalisation. « C’est ici qu’ont lieu les gratuiteries un mercredi par mois », précise Amélie, bénévole militante au laboratoire. Ces gratuiteries sont le bout de la chaîne des activités de l’association : c’est dans le hangar, après la cour, que tout commence.
Le fonctionnement du LE∅
Au milieu des briques, du bois, de l’acier et des objets en tout genre, une petite table ronde et des chaises invitent à s’asseoir. Deux fois par semaine, Amélie, les autres bénévoles et les salariées accueillent des personnes sur rendez-vous. Elles sont orientées par des travailleur·euses sociaux·ales ou des associations partenaires, pour recevoir des colis de première nécessité adaptés à leurs besoins. Les produits alimentaires, d’hygiène et certains vêtements sont distribués en premier lieu. Ensuite viennent les gratuiteries.
Les objets triés sur le volet sont entreposés dans la cour du LE∅. N’importe qui est convié·e à se servir, dans la limite du « partage bienveillant ». « Une personne ne peut pas s’attribuer toute une partie des affaires, ou empêcher d’autres personnes de prendre. C’est la seule limite qu’on pose, et on est très peu obligé·es de la poser », explique Amélie.
Ce magasin gratuit ne se tient pas uniquement au LE∅, mais aussi à la Petite Ruche, à la Contremarque et à la maison de quartier des Courtillières, à Pantin.
L’association fonctionne grâce aux dons : certains proviennent de partenariats avec des structures, des magasins et des marques. D’autres de particulier·es qui peuvent déposer leurs dons lors des collectes organisées tous les mercredis de 18 h à 20 h. « On récupère environ 70 tonnes de dons par an », précise Amélie, des dons qui sont ensuite triés pour ne garder que ceux en bon état.
Un lieu avant tout politique
Comme toute association, le LE∅ se compose de bénévoles et de salariées. « Au LE∅, on a une trentaine de bénévoles et quatre salariées. » Il n’y a pas d’homme salarié au LE∅, un choix assumé pour laisser la place aux femmes et aux minorités de genre. Le LE∅ n’est pas un espace réservé aux femmes mais un endroit où elles sont priorisées et où leur empreinte est plus forte.
Loin d’être une revendication en marge, laisser la place aux femmes et aux minorités de genre trouve sa source dans une exclusion structurelle imposée par le système patriarcal. C’est une tentative pour renverser les dynamiques de domination. Ainsi, les femmes et les minorités de genre, souvent exclues des processus décisionnels, sont ici au centre.
L’association questionne le système patriarcal mais également le système marchand et la notion de propriété. D’abord un squat, c’est-à-dire l’occupation sans droit ni titre d’un espace, le LE∅ a rapidement conclu une convention d’occupation pour un bâtiment inoccupé appartenant à la mairie de Noisy-le-Sec. « Notre premier lieu était à Noisy, la ville nous a proposé de revenir ici et on a accepté. Une grande partie de notre réseau solidaire et associatif était encore à Noisy », développe Amélie.
Si le lieu est gratuit, les bénévoles et salariées ont investi beaucoup de temps et d’argent dans sa remise en état. « Quand on est arrivé·es, le bâtiment fuyait et il n’y avait ni électricité ni eau. Aucune autre structure ne souhaitait reprendre le bâtiment. » La convention d’occupation dure jusqu’en juin prochain ; reste à savoir si elle sera reconduite.
Le milieu associatif en danger
Mais comment payer les salariées quand tout est gratuit ? L’association Le LE∅ a des subventions jusqu’en 2027. « On est assez stable financièrement parlant. On espère pouvoir continuer le LE∅ encore longtemps, mais on sait aussi qu’on a des postures politiques qui ne sont pas forcément raccord avec la politique nationale actuelle », s’inquiète Amélie.
Des préoccupations communes au milieu associatif en cette période. Une enquête nationale de l’ORVA, l’Observatoire Régional de la Vie Associative, sur l’état de la santé financière des associations, traduit un essoufflement de celles-ci. Plus de 50 % des associations interrogées signalent des problèmes de trésorerie. Un tiers des associations disposent d’une trésorerie inférieure à trois mois et, côté subventions, elles sont en baisse selon l’enquête datant de juin 2025 : la moitié des renouvellements n’avaient pas abouti à cette période et 45 % des subventions attribuées étaient en baisse.
Un rapport de l’Observatoire des Libertés Associatives, du 12 février 2026, signale une injonction faite aux associations à se dépolitiser. Les associations qui réalisent des plaidoyers et prennent des positions politiques subissent des pressions et des menaces des pouvoirs publics ; elles sont 41 % à déclarer s’être déjà auto-censurées, selon le rapport.
Au LE∅, les bénévoles et les salariées ne sont pas pour autant découragé·es. Amélie témoigne : « Le LE∅, ça a été créé sans argent. Au départ, on n’avait pas de salariées. Et quand bien même on devrait partir, quand bien même on n’aurait plus de financement, le LE∅ ne s’arrêtera pas comme ça. »
Si vous voulez découvrir le LE∅ en podcast, rendez-vous sur ce lien : https://transonore.fr/le-leo/
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