Des rires, des plongeons, des corps qui sèchent au soleil. Pas de doute, nous sommes bien… dans le 10e arrondissement de Paris, sur le Canal Saint-Martin. En juin, la canicule s’est abattue sur la capitale, avec des pics à plus de 40 degrés en milieu de journée. Face au spectacle répété de Parisien.nes sautant dans le canal pour échapper à la fournaise, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a décidé d’ouvrir une portion des quais à la baignade (mais continue d’interdire les plongeons depuis les ponts et les passerelles pour des raisons de sécurité).

C’est au 116 quai de Jemmapes que se retrouvent depuis la mi-juin des centaines de Parisiennes et de Parisiens, venu.es pratiquer le farniente ou enchaîner les longueurs. Pauline, qui vit dans le 18ème, nage presque chaque jour dans ce qui s’impose déjà comme le nouveau spot favori de la capitale : « J’étais jamais venue avant. J’adore nager et je nage le plus possible. Généralement, je vais à la piscine deux fois par semaine. Donc pour moi, l’ouverture du Canal Saint-Martin, c’était la meilleure nouvelle du siècle. »

Mais la baignade dans le canal ne fait pas l’unanimité. Beaucoup de Parisien.nes redoutent ce qui se cache dans ses profondeurs. « Tout à l’heure, il y avait une maman avec son petit qui lui disait “Moi, j’ai peur de me prendre des algues.” , rapporte Mathéo, venu du 12e. Et quand il lui a demandé “T’es capable d’aller toucher le sol ?”, la maman lui a répondu “Non, j’ai peur de me prendre un Vélib’ !” C’est vrai qu’il y a un truc où tout le monde sait que c’est un peu dégueu. » 

Outre la question de la propreté, c’est la dimension politique qui interpelle certains baigneurs, comme Simon : « Il faut faire attention parce que ça peut presque devenir dangereux de “romantiser” la canicule. C’est nécessaire pour certaines personnes qui souffrent dans leurs appartements, mais j’ai presque l’impression que ça transforme la canicule en moment “cool”, alors qu’on ne devrait juste pas avoir 40 degrés en juin à Paris — et que c’est un énorme problème. ». Pauline se veut plus modérée: “C’est vrai, c’est dramatique. En même temps, on ne va pas reprocher aux gens de vouloir décompresser. Se baigner ici, c’est pour beaucoup un échappatoire.” 

Au-delà du canal, la Ville de Paris a considérablement étoffé son offre de baignade naturelle. Le 4 juillet, 11 espaces de baignade surveillés seront accessibles gratuitement dans la capitale. Le Bassin de la Villette, historiquement le plus fréquenté, reste un incontournable. La Seine accueille quant à elle 3 points ouverts au public : le Bras Marie au pied de l’Île Saint-Louis (4ème), le site de Bercy sous la passerelle Simone-de-Beauvoir (12ème) et le Bras de Grenelle face à la Tour Eiffel (15ème). Le site de Bercy, le plus vaste des 3, dispose de 2 bassins protégés, d’un solarium ainsi que de vestiaires, de douches et d’un poste de secours, et peut accueillir jusqu’à 700 personnes.

De l’autre côté du périph’, en Seine-Saint-Denis, la mairie de Pantin, va exceptionnellement ouvrir une partie du canal de l’Ourcq à la baignade, le 31 juillet ainsi que le 2 Août. Certain.es, comme Bertrand, n’ont pas forcément attendu l’autorisation pour s’y baigner quotidiennement ! D’autres Francilien.ne.s préfèrent piquer une tête dans la Marne (comme Rosalie par exemple) où plusieurs sites de baignade vont ouvrir cet été dans le Val de Marne mais aussi à Neuilly-sur-Marne dans le 93.

Ce mouvement de réappropriation des rivières et des canaux s’inscrit dans l’héritage direct des Jeux Olympiques de Paris 2024, qui ont accéléré un énorme chantier de dépollution de la Seine et de la Marne. L’eau y est testée quotidiennement, les zones sont surveillées et l’accès reste gratuit pour toustes. Des drapeaux informent chaque jour sur la qualité de l’eau et sa dégradation entraîne une interdiction préventive immédiate de la baignade. Une politique qui témoigne d’une ambition plus large : rendre la Seine et la Marne aux Francilien.nes, de façon durable.

Car c’est peut-être là tout l’enjeu. Si l’ouverture de ces espaces aquatiques répond à une urgence immédiate, les épisodes de canicule, elle dessine aussi les contours d’une ville qui apprend, à tâtons, à s’adapter et à vivre avec un climat de plus en plus éprouvant.

Laure Watrin & Félix Bruna

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