A quelques pas de la Basilique de Saint-Denis, la coopérative PointCarré est devenue en quelques années un  incontournable du territoire. Boutique, café et chantier d’insertion, ce tiers-lieu fait cohabiter créativité, solidarité et engagement écologique.

A peine  la porte poussée, l’odeur d’un café fraîchement moulu vient chatouiller les narines tandis que des conversations discrètes se mêlent à de la musique. Une lumière douce baigne la pièce, dont  les étagères en bois brut débordent d’objets colorés. Carnets façonnés à partir de papier kraft, trousses en bâches publicitaires upcyclées ou encore porte-clés fabriqués à partir  d’anciens gilets SNCF. Des objets conçus dans le chantier d’insertion situé à l’étage. « Nous récupérons des matériaux auprès de collectivités et d’entreprises, comme Sciences Po ou la SNCF, et nous les transformons pour leur donner une nouvelle utilité », détaille Quentin Tailly, chef du chantier d’insertion.

Créée en 2016, la coopérative  PointCarré s’est donné pour mission  de changer l’image de la Seine-Saint-Denis. “Ce territoire regorge de savoir-faire et de richesses humaines. Nous voulons être une caisse de résonance positive”,  explique Élie Preveral, l’un des fondateurs. La démarche se traduit dans chaque recoin du lieu, où cohabitent des créations issues du chantier d’insertion  et des pièces de créateurs locaux, telles que des affiches, des bijoux, des sacs en tissu, que la coopérative s’efforce également de mettre en lumière.

Chaque année, une douzaine de salarié.es en contrat d’insertion y apprennent des compétences techniques et développent des projets professionnels. « L’objectif est d’accompagner les personnes qui rencontrent des difficultés à accéder au marché de l’emploi, qu’il s’agisse de problèmes administratifs, de formation ou de logement », précise Quentin. 

Pour Niroshini, 30 ans, cette expérience est un vrai coup de pouce. Arrivée il y a six mois du Sri Lanka, elle se forme sur les machines laser et utilise les logiciels de design. “J’aime beaucoup travailler ici, je touche à tout !”, confie-t-elle. Chacun et chacune progresse à son rythme, épaulé.e par une équipe attentive. “On est à l’écoute des besoins,  si les salariés ont besoin de travailler plus, on peut rallonger le temps de travail”, explique le chef du chantier. 

Le premier étage, cœur du dispositif, est organisé en plusieurs zones : les machines à commande numérique côtoient les outils manuels, tandis qu’une section est dédiée à la découpe et à la peinture. C’est ici que prennent vie les commandes de partenaires, comme les carnets pour Sciences Po ou les porte-cartes fabriqués à partir de bâches municipales. «  Ce qui est particulier ici, c’est qu’on est un chantier d’insertion avec une activité que les salariés ne pourront pas forcément retrouver à l’extérieur.», ajoute Quentin.

La coopérative ne se limite pas à la production artisanale. PointCarré incarne également une réflexion plus large sur le rôle de l’économie. « Nous sommes une structure qui cherche à faire du commerce autrement, au service de l’intérêt général », insiste Élie Préveral. La valorisation des matériaux et des talents locaux est indissociable de l’engagement pour une économie plus juste. 

Ce projet, bien qu’ambitieux, repose sur un équilibre fragile. L’insertion professionnelle reste tributaire des politiques publiques et des financements. “Il faut se battre pour défendre l’utilité et survivre dans un contexte qui devient politiquement très périlleux”, soupire Quentin Tailly. 

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